Prix de l’UNATRANS « général Marty »

L’Union Nationale des Associations des Transmissions a décidé, afin de faire mieux connaître les associations et amicales des Transmissions au sein des stagiaires de l’Ecole des Transmissions de Cesson Sévigné, de créer à partir de 2005 un prix annuel récompensant un stagiaire méritant désigné par l’Ecole. Le premier prix « général Marty » a été remis lors de la séance inaugurale de rentrée de l’ETRS par le général FRECHER, président national de l’UNATRANS. Ce prix est appelé prix « général Marty » en mémoire à ce grand militaire de l’arme des Transmissions, qui a participé aux deux grandes guerres mondiales, qui a consacré toute sa vie à l’Armée et à l’arme des Transmissions, qui a été le premier inspecteur de l’arme.

 

 

 

Biographie du général de CA René MARTY  1898- 1994

Le général René MARTY est né au mois d’octobre 1898 en Charente-Maritime.

La Grande Guerre
En 1916, à l’âge de 18 ans, après son baccalauréat, il s’engage pour la durée de la guerre ; il est incorporé au 138ème RI. Reçu au concours de l’Ecole Spéciale Militaire de St-Cyr, il est blessé, cité et promu aspirant le 30 juillet 1917. Il sera successivement affecté au 205ème, puis au 24ème RI et nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 30 novembre 1917.

L’Entre-deux-guerres  
Après l’Armistice du 11 novembre 1918, René MARTY est nommé sous-lieutenant à titre définitif le 30 novembre. Il est dirigé sur Nancy pour être affecté au 172ème RI à l’Armée du Rhin. Affecté à la Division Marocaine en mai 1920, il est détaché au commandement du Service Télégraphique puis au 35ème RTA. Nommé lieutenant le 5 mai 1920, affecté au 32ème CA, 42ème bataillon du Génie, il devient chef du service télégraphique et commandant de la 64ème compagnie  de sapeurs-télégraphistes.
Admis à l’école d’application du Génie en octobre 1923, il est affecté au III/8ème génie à Toulouse, 9ème compagnie, le 1er novembre 1925.
Nommé capitaine le 25 décembre 1925, il est détaché à l’Ecole des Liaisons et Transmissions (ELT) en qualité d’instructeur, période pendant laquelle il prépare le concours d’entrée à l’Ecole de Guerre. Breveté ESG en 1928, il est affecté à nouveau au 8ème génie en novembre 1934 où il prend le commandement de la 1ère compagnie de construction.
En octobre 1936, le capitaine MARTY est affecté au 2ème bureau de l’EMA, à la section allemande. Il est promu chef de bataillon le 1er mars 1937.
Le 1er mars 1939, il revient au 8ème génie où il prend le commandement du 3ème bataillon au Mont-Valérien ; à ce poste, il dirige les tests de préparation à la guerre par des exercices en vraie grandeur, à l’ouest de la forteresse. Son appartenance antérieure à l’EMA lui permet d’obtenir les moyens nécessaires pour organiser un exercice de transmissions avec un régiment d’infanterie de la Région de Paris. Il participe par ailleurs à la formation des « noyaux actifs » des compagnies de transmissions divisionnaires mises sur pied à la mobilisation.

1939-1940. La Bataille de France

À la mobilisation générale, le 2 septembre 1939, il rejoint le 2ème bureau du GQG à La Ferté-sous-Jouarre où il est chargé de rédiger le rapport quotidien.

Le 25 mai 1940, le chef de bataillon MARTY prend le commandement du groupement de transmissions du GQG (2ème bureau) coiffant les compagnies d’écoutes 866/1 et de radiogoniométrie 905/1 sur le front du Nord-Est.

Pendant la Bataille de France (10 mai-25 juin), il a délégation du Général commandant en chef les Forces Terrestres, pour coordonner l’emploi des formations d’écoutes et de radiogoniométrie au 5ème  bureau chargé du SR, (renseignement et contre-espionnage). Le 20 juin 1940 à Montauban, pendant la retraite, il décide de détruire les documents ultra-secrets de la machine « ENIGMA » dont il est officiellement détenteur.

L’armistice est signé le 25 juin 1940. Le commandant MARTY s’emploie aussitôt à sauver les unités d’interception qui vont constituer le noyau du groupement des contrôles radioélectriques (GCR) créés à Hauterive, près de Vichy.

En vue de s’opposer aux empiètements allemands et italiens au-delà des clauses de l’armistice signées à Wiesbaden et à Turin, le général WEYGAND, ministre de la Défense de Vichy, crée la DSA sous la direction de général KOELTZ. René MARTY en devient le chef d’état-major.

Dès la création de cet organisme, il mène une rude bataille contre les exigences croissantes, non seulement de l’occupant, mais hélas, d’une partie des membres du gouvernement qui s’efforce de négocier directement avec nos vainqueurs du moment. « L’État Français » cherche à créer un « climat » en vue d’obtenir un assouplissement aux rigueurs qui accablent la France mais qui en vérité, est illusoire.

Le général KOELTZ, dont l’attitude est constamment résistante, est écarté et prend le commandement de la XIXème Région à Alger. Le colonel BARIL, chef du 2ème  bureau et ami personnel de René MARTY, est également muté en Algérie.

Dans ses fonctions de chef d’état-major, le commandant MARTY estime qu’il ne lui est plus possible d’admettre l’orientation prise par le pouvoir. Promu lieutenant-colonel le 25 juin 1941, il saisit cette opportunité pour postuler un commandement au Génie-télégraphiste de l’Armée de l’Armistice. Le lieutenant-colonel MARTY prend le commandement du groupe 8/13 le 1er  mars 1942.

Très rapidement, au-delà de la mission officielle du maintien de l’ordre, avec le consentement implicite d’une partie du Haut-Commandement, il s’emploie à préparer avec les personnels et moyens de son unité, la reprise des hostilités.

Sous son égide, son équipe crée un fichier de rappel des réservistes, prépare l’équipement d’un train blindé sous l’apparence d’un train de marchandises, organise deux dépôts de matériels de transmissions clandestins chez des particuliers dans la vallée de l’Allier.

Avec l’appui du général commandant la 13ème division militaire, il fait recruter dans l’infanterie et la cavalerie, en excédent de son tableau d’effectif théorique, des jeunes gens qui recevront clandestinement une instruction « transmissions ».

L’Arme des Transmissions est créée le 15 mai 1942. Le lieutenant-colonel MARTY est nommé commandant des transmissions de la 13ème division militaire le 1er juillet.

Le 8 novembre 1942, les alliés anglo-américains débarquent en AFN. À partir du 11 novembre, deux armées allemandes envahissent la zone sud. Toutes les dispositions prises par le général VERNEAU chef d’état-major de l’Armée de l’Armistice pour la reprise des hostilités sont annulées par le général BRIDOUX, germanophile notoire ; les jours suivants, les Allemands investissent les garnisons, envahissent les casernements et intiment aux autorités militaires françaises de procéder à la démobilisation immédiate de l’Armée de l’Armistice.

Le 13 novembre, le général d’armée FRÈRE  convoque tous les chefs de corps et de services à son PC. Il réagit violemment à l’adresse du maréchal PÉTAIN qui préconise aux militaires de tous grades l’attente et la passivité. Ce sera le point de départ de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). La guerre va continuer en métropole, mais sous forme de guérillas, avec des troupes improvisées, qui auront perdu, en un instant, l’armement individuel et collectif de 100 000 hommes et tout le matériel de transmissions… Et ce sera chèrement payé.2

Le gouvernement crée des organes de liaison chargés d’être les intermédiaires entre le commandement français et les grandes unités allemandes d’invasion pour régler, sur le plan local, les incidents et litiges éventuels.

Convoqué à Vichy à cet effet, le lieutenant-colonel MARTY est désigné pour exercer cette fonction à Clermont-Ferrand.

Parallèlement, sous l’autorité du général FRÈRE qui organise la résistance clandestine de l’armée, il exerce le commandement des transmissions « Résistance » de la zone Sud. Sa mission de chef de détachement de liaison devient un paravent officiel commode.

Partant de pratiquement rien sur tous les plans, René MARTY et son adjoint, le commandant ROMON engagent les actions suivantes :

- projets de réalisation de postes radio de campagne ;

- recherche d’exploitants qualifiés, notamment auprès des personnels de l’Arme ;

- contacts avec les autres organisations clandestines.

Mais à la suite de dénonciations et d’imprudences de néophytes de la lutte clandestine, la Gestapo procède à l’arrestation du général FRÈRE et de la plupart des officiers de l’état-major, notamment du général GOETSCHY directeur des transmissions. Le centre de transmissions de la ferme de La Rapine3(63) est démantelé, le commandant LESCHI et ses collaborateurs, dont le commandant ROMON, sont déportés, ce dernier mourra sous la torture. Tout le dispositif s’effondre tragiquement.

MARTY échappe par miracle à ce désastre. Il prend la précaution de demander et d’obtenir sa mise « en congé d’armistice » pour raisons familiales. Il abandonne de ce fait les fonctions de chef de la liaison auprès des troupes d’invasion.

Avec détermination il reprend son activité clandestine sous d’autres formes. L’objectif de la Résistance dans le Massif Central étant d’intercepter, de ralentir et de détruire les éléments des grandes unités ennemies remontant vers le nord et la Bataille de Normandie, trois groupes de forces d’interception sont constitués sur leurs axes de progression.

Le groupe de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), dont un groupement dans le Cantal, est composé essentiellement de cadres d’active. Une brigade de l’Armée Secrète (AS) est opérationnelle en Corrèze. Les FTP participent indépendamment, leur objectif n’étant pas de collaborer avec les précédents.

N’ayant aucun moyen de transmissions, le lieutenant-colonel MARTY recrute des sous-officiers au camp de La Courtine, qui, placés aux carrefours, sur le passage des troupes allemandes, s’efforcent de transmettre les renseignements par tous les moyens de communications à leur disposition, notamment par les brigades de gendarmerie. Le réseau SNCF qui permet la liaison entre toutes les gares, grâce aux cheminots risquant parfois leur vie pour passer les renseignements en temps utile et les bénévoles partout où l’on peut communiquer avec eux, seront également sollicités. Malgré ce système invertébré, toutes ces actions dont MARTY est l’un des artisans, se révèleront efficaces en harcelant et freinant les grandes unités ennemies et en leur infligeant des pertes élevées. Le 27 août 1944, il n’y a plus d’ennemi à Clermont-Ferrand.

Le gouvernement provisoire de la République quittant Alger pour la capitale, le lieutenant-colonel René MARTY rejoint Paris et se met à la disposition du Commandement.

La Libération et le retour au temps de paix

Nommé colonel le 1er octobre 1944, après un long séjour à la tête du Secrétariat général pour les affaires allemandes et autrichiennes, il est réintégré dans l’Armée et devient auditeur à l’I.H.E.D.N. Il est promu général de brigade le 1er février 1950.

Après avoir été commandant des Transmissions de la 1ère  région militaire, il reçoit en 1953 la mission de remettre sur pied la direction des Transmissions. Promu général de division le 1er novembre 1953, il devient le premier inspecteur de l’Arme en 1956.

René MARTY reçoit rang et appellation de général de corps d’armée (2s) le 1er octobre 1958. Croix du Combattant Volontaire 14-18, Croix de Guerre avec étoile de bronze 14-18, Médaille de la Victoire, Croix de Guerre avec palme 39-45, Médaille de la Résistance en 1954, Officier dans l’Ordre du Mérite Postal, Bronze Star Medal (US), Commandeur de la Légion d’Honneur en 1954.

La Retraite

Après avoir consacré sa vie à l’Armée et plus particulièrement à l’arme des Transmissions, son activité intense et créatrice se manifesta au cours de sa longue retraite. Il a créé le groupe historique dont les travaux aboutirent, grâce au général BLONDÉ, à la publication dans « La Liaison », dans les années 1980, des pages jaunes qui racontent l’histoire des Transmissions.

On lui doit le développement de la Fédération Nationale des Anciens des Transmissions (FNAT), devenue en 1997, par fusion avec l’ANORT, l’UNATRANS, de nombreux articles dans « La Liaison des Transmissions » soit sous son nom, soit sous celui d’« Électre ». Il a également créé la Médaille d’Honneur des Transmissions en 1968. Il a présidé pendant de longues années le Comité d’Organisation du Grand Prix de l’Électronique Général FERRIE.

Le général Marty décède le 24 janvier 1994 à Bagneux (92).

« Tous ceux qui l’ont connu se souviennent de sa bienveillance, de son accueil, de la netteté de ses instructions, de sa modestie, de la confiance qu’il inspirait et de son profond sens de l’humain. ».4

Cette biographie a été rédigée par Michel CONGOST (CBA er) en 2005.

Sources

Témoignage d’un officier du G Q G sur la défaite de 1940.

Général MARTY

La Petite Histoire des Transmissions

Vercingétorix contre Croix Gammée

Réflexions de Fin de Siècle

L’Arme du Commandement

Editoriaux de La liaison des Transmissions

Nécrologie du général MARTY (1898-1994).

GCA AUGIER

1 Commandant du 2ème groupe de Divisions Militaires.

2 Citation de René MARTY.

3 Bulletin n° 6 UNATRANS janvier 2001 pages 30 et 31.

 

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