Le général Gustave Ferrié

Extraits de l'allocution du Général (2S) Daniel FRECHER,  

président de l’UNATRANS,devant la stèle du Général Ferrié, le 24 novembre 2010


Le Général Gustave-Auguste FERRIE est né à Saint-Michel de Maurienne le 19 novembre 1868, il y a donc juste 142 ans. ferrie2010stele
Il est élève au collège de Draguignan, et il n’a pas encore quatorze ans quand il est inscrit en classe préparatoire au baccalauréat. Il est bachelier es sciences de la faculté des sciences de Marseille avant d'avoir seize ans. Aimant les sciences et la technique, et encouragé par son père, il prépare alors Polytechnique au lycée régional de Marseille et réussit au concours d’admission en 1887. A polytechnique, lors de ses sorties parisiennes, il rencontre des familles d’ingénieur et il est même régulièrement invité par Gustave Eiffel que son père connaissait bien. A sa sortie de polytechnique, il opte pour le Génie et entre à l’Ecole d’application du Génie à Fontainebleau le 1er octobre 1889. Le 3 novembre 1891, il est affecté au 4° régiment du Génie à Grenoble. Au début de 1893, le lieutenant FERRIE participe à un stage de 3 mois au Mont Valérien. On y enseigne la télégraphie optique et de plus en plus la télégraphie électrique. Ce premier contact avec la télégraphie bien qu’éphémère le passionne. En 1895, il est rappelé au Mont-Valérien en tant qu’instructeur. Il s’y révèle d’une telle qualité qu’il y revient en 1897 comme commandant de la toute jeune Ecole de télégraphie électrique du Mont-Valérien. En mars 1899, il se voit confier le soin de suivre pour la France les expériences de télégraphie sans fil de Marconi à Wimereux et il est émerveillé par ces essais de relations par T.S.F. entre la France et l’Angleterre. C’est le début d’une vraie passion pour ces nouvelles techniques naissantes, et, avec un courage exemplaire, en peu de temps, avec de faibles moyens, il réalise des appareils et les expérimente avec succès. Ainsi, le capitaine Ferrié invente un détecteur très sensible : le détecteur électrolytique, invention qui est présentée au congrès international d'électricité de Paris en août 1900.

Après avoir obtenu la liaison entre la côte d'Azur et la Corse avec diverses formes d'antennes, c’est entre la Martinique et la Guadeloupe qu'il va prouver les résultats de ses travaux. Le câble reliant les deux îles a été détruit par l'éruption volcanique de la montagne Pelée le 8 mai 1902. Après avoir travaillé sur le matériel radio, pendant la traversée de l'Atlantique, pour augmenter la portée des émetteurs, Gustave Ferrié réussit à rétablir, par T.S.F., la liaison entre les deux îles le 4 décembre 1902. Cette liaison, inscrite en lettres d’or dans l’histoire de la TSF révèle le capitaine FERRIE comme un grand spécialiste du domaine.
Mais le capitaine Ferrié, voulant sans cesse améliorer les performances de ses postes de radio expérimentaux se heurte à un problème insoluble : il n'a pas d’antenne assez haute. Il débuta bien ses essais en employant les grands ballons de l’aérostation militaire pour déployer des antennes de 300 à 400 mètres de longueur, mais Ferrié cherchait un point haut pour fixer à demeure une grande antenne en région parisienne. En décembre 1903, Gustave Eiffel lui propose d’utiliser sa Tour comme support d’antenne et le Capitaine Ferrié reçoit rapidement l’autorisation de construire une première installation expérimentale basée sur le Champ de Mars. La Tour Eiffel avait été en effet édifiée à l'occasion de l'exposition universelle de Paris en 1889 pour le centenaire de la Révolution de 1789 ; mais elle ne devait occuper le jardin du Champ de Mars que vingt ans, et devait être impérativement démontée en 1909. A cette époque, en 1903, des gens influents et surtout des écrivains pensaient que la Tour Eiffel, à la silhouette disgracieuse, blessait le paysage de Paris et qu’elle devait être démolie en 1909, comme prévu. Guy de Maupassant n’avait-il pas écrit en 1890 : « J'ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eiffel finissait par m'ennuyer trop.
[...]
Mais je me demande ce qu'on conclura de notre génération si quelque prochaine émeute ne déboulonne pas cette haute et maigre pyramide d'échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d'usine."
L’installation d’une station provisoire en 1903 permet à Ferrié de réaliser des essais de liaisons qui se révèlent concluants, avec des portées de plus de 400 km. Le capitaine FERRIE propose alors au ministère de la Guerre d’utiliser officiellement la Tour Eiffel comme antenne.
Le 21 janvier 1904, la Tour Eiffel devient officiellement station de TSF et le capitaine FERRIE est fier de disposer de l'antenne radiophonique la plus haute du monde.
Ainsi donc, grâce à ses installations de T.S.F., le capitaine Ferrié venait de contribuer à sauver la tour de la démolition. Il est cependant dommage qu’aujourd’hui le rôle personnel de Ferrié pour la sauvegarde de la Tour ne soit pas mis plus en avant.

Par ses travaux, Ferrié augmente alors la portée du poste émetteur qui passe de 400 kilomètres en 1903 à 6000 kilomètres en 1908. A partir de 1906, un réseau radiotélégraphique est opérationnel entre la Tour Eiffel et les grandes places de l’Est : Verdun, Toul, Belfort et Epinal sont en liaison permanente avec l’Etat-Major à Paris.


En 1908, Gustave Ferrié part pour le Maroc. Durant son séjour au Maroc, il apprend que sa demande de construction d’une station souterraine au pied de la Tour Eiffel avait été approuvée. Il s’agit d’une station sous la forme d’un cube enterré, de 800 m2 de surface, éclairé par une cour centrale dont l’entrée se situe devant vous. L’antenne est formée de 6 câbles de 425 m de long joignant le sommet de la Tour à la station. La station sera vraiment opérationnelle en 1911.

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Station Radio au Champ de Mars


En 1910, Ferrié unifie l'heure sur tout le territoire français. Sur les observatoires des régions sont installés des récepteurs permettant de capter les signaux horaires provenant de l'Observatoire de Paris et transmis par l'émetteur de la tour Eiffel. En 1912, il est le président de la commission internationale des longitudes par T.S.F. D'éminents scientifiques de tous pays rendent hommage au commandant Ferrié pour son œuvre.
La même année il contribue à la création d'une section TSF à l'Ecole supérieure d'électricité

A la veille de la Grande Guerre on n’ignore pas l’importance stratégique de la station de la Tour Eiffel. La presse s’est déjà faite l’écho de cette immense nappe de fils descendant du haut de la Tour et qui, pendant les nuits d’émission, s’entourent d’une gaine luminescente sous l’effet des hautes tensions.
Certain poète en profite pour rêver à cette Grande Dame qui, après n’avoir été qu’attraction médiatique, va devenir le centre stratégique des 5 années à venir sous l’impulsion du lieutenant-colonel Ferrié.
Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre. Le lieutenant‑colonel Ferrié veut gagner le front mais il reçoit les pleins pouvoirs pour l'utilisation la plus efficace possible de la télégraphie sans fil. Les messages "stratégiques" de l'armée allemande sont interceptés. Les militaires français en tirent profit, ce qui est à la base de la victoire de la Marne.
La seule station de forte puissance installée sur la tour Eiffel permet de communiquer avec nos alliés et nos colonies.
Le 26 décembre 1915, Gustave Ferrié est promu colonel.
Il développe, dès 1915, en coopération avec quelques industriels, la première lampe TRIODE française. Dès 1915 aussi, Ferrié devient le conseiller technique de toutes les armées alliées.
L'efficacité de la radio française fait l'admiration des Alliés. Elle a facilité les pourparlers avec l'ennemi permettant d'obtenir l'Armistice.
Après la Victoire, Gustave Ferrié a l’idée de reconvertir à usage civil l’émetteur de la Tour Eiffel, créant ainsi la première station radiophonique et il participe à l'étude d'un réseau de postes d'états implantés sur tout le territoire et permettant d'assurer la couverture de la France.

Le 20 mars 1919, Ferrié est promu général de brigade.
Le 7 novembre 1920, aux Etats‑Unis, Ferrié est élu président du Congrès international des télécommunications et en 1921, président du réseau de T.S.F. de la Société Des Nations.
En 1922, alors qu'il est président de l'Union internationale de géodésie et de l'Union internationale astronomique, il fait diffuser par l'émetteur de la tour Eiffel les observations météorologiques des stations françaises.
Le 6 février 1922, Ferrié est élu à l'Académie des sciences .
Il travaille dans trente deux sociétés scientifiques françaises et internationales !

En 1923, le général Ferrié devient Commandant supérieur des troupes de Transmission.
Le 20 mars 1925, il est promu général de division.

Il sera, par mesure exceptionnelle, maintenu en activité sans limite d’âge, continuant ainsi à donner, jusqu’à sa mort, un élan à la recherche scientifique française.
Il décède à l'hôpital du Val de Grâce, le 16 février 1932, à l'âge de 65 ans, suite à une opération pratiquée avec beaucoup de retard, le général ayant refusé d'être hospitalisé en temps utile à cause de ses activités. Quelques heures auparavant, il avait été élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d'honneur.
Le général Ferrié a été l'officier français le plus décoré après le maréchal Foch. Pour son activité internationale, il a reçu de nombreuses décorations étrangères.

Le nom de Ferrié restera dans l'histoire comme celui d'un savant éminent d’un incomparable animateur, d’un patriote éclairé, d’un chef militaire plein d'autorité et de compétence, d’un grand homme de devoir.


Les grandes étapes :

* la réalisation en 1901 de la liaison Côte d'Azur et Corse ;
. la relation obtenue en 1902 entre la Martinique et la Guadeloupe ;

. l'utilisation à partir de 1903 de la Tour Eiffel avec des matériels de sa conception, chaque année plus performants ;

* l'expérimentation en 1908 au Maroc d'appareils mobiles en opérations ;

. A la suite d'un hommage solennel rendu à la mémoire du général Ferrié le 12 novembre 1949 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un comité s'est constitué sous le nom de Comité national Ferrié, sous la présidence du colonel Paul Brenot. Ce comité institua le Prix général Ferrié, récompensant un scientifique dont le travail contribue aux progrès de la radioélectricité.

                                                                           

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